Ébola, une urgence sanitaire de portée internationale

Par Afy Malungu, le 22 juillet 2019

Ébola, une urgence sanitaire de portée internationale

[DAKAR/KINSHASA] – Le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a annoncé ce mercredi, à l’occasion d’une conférence de presse à Genève, que la flambée de maladie à virus Ébola en République démocratique du Congo (RDC) avait été déclarée « urgence de santé publique de portée internationale » [USPPI (Public Health Emergency of International Concern, PHEIC).]

L’annonce fait suite à la découverte d’un cas à Goma, la grande métropole de l’est, avec près de 2 millions d’habitants, où un pasteur infecté à Butembo, a séjourné quelque temps, avant de trouver la mort.

La décision de l’OMS a été prise lors d’une réunion du comité d’urgence du Règlement sanitaire international pour le virus Ébola en RDC.

“A moins que la communauté internationale ne se mobilise pour financer la riposte maintenant, nous mettrons longtemps à payer la facture de cette épidémie.”

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS

Le comité a cité l’évolution récente de l’épidémie dans la formulation de sa recommandation, notamment le premier cas confirmé à Goma.

Présentant les résultats de la rencontre de ce mercredi, Robert Steffen, chef du comité d’urgence de l’OMS, a déclaré qu’il était crucial que les États n’utilisent pas le statut d’urgence de portée mondiale comme excuse pour imposer des restrictions au commerce et aux déplacements, qui auraient un impact négatif sur la réponse sanitaire et sur la vie de la population dans la région.

Il s’agissait de la quatrième réunion du comité d’urgence depuis la déclaration de l’épidémie, le 1er août 2018.

« Il est temps que le monde entier prenne conscience et redouble d’efforts », a pour sa part renchéri Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Le directeur général de l’OMS s’est appesanti sur le bien-fondé de ne pas mettre en œuvre des restrictions aux déplacements des populations, estimant en particulier, que la fermeture des frontières ne ferait qu’encourager les gens à utiliser des points de passage informels ne faisant l’objet d’aucune surveillance, augmentant ainsi le potentiel d’une propagation de la maladie.

Le responsable onusien a également noté que de telles restrictions n’auraient pas une grande utilité, vu que 75 millions d’opérations de dépistage du virus d’Ébola ont déjà été menées aux postes-frontières et à d’autres points de contrôle.

Il a par conséquent invité la communauté internationale à faire preuve de solidarité avec la RDC et à soutenir le pays, en respectant les recommandations de l’OMS, et pas en imposant des mesures punitives qui ne serviraient qu’à isoler les Congolais.

Tedros Adhanom Ghebreyesus a par ailleurs réitéré une position officielle de l’OMS, qui est que l’USPPI n’est pas une mesure destinée à organiser une collecte de fonds à l’échelle internationale.

« Elle vise plutôt à prévenir une propagation à l’échelle internationale de la maladie », a-t-il martelé, avant de préciser que l’OMS et ses experts s’emploient à finaliser le plan d’intervention stratégique complet de la riposte, qui en évaluera les implications financières.

Ce plan devrait présenter les ressources nécessaires pour la prochaine phase de la riposte, dont le montant devrait se situer autour de « plusieurs centaines de millions » [de dollars], selon le directeur général de l’OMS.

« A moins que la communauté internationale ne se mobilise pour financer la riposte maintenant, nous mettrons longtemps à payer la facture de cette épidémie », a-t-il conclu.

Le comité d’urgence du Règlement sanitaire international pour le virus Ébola en RDC a aussi exprimé sa déception devant ce qu’il qualifie de « retards de financement qui ont limité la réponse. »

L’urgence sanitaire mondiale est une mesure exceptionnelle, qui n’a été décrétée que quatre fois seulement par l’OMS : en 2009, lors de l’épidémie de grippe H1N1, en 2014 pour la poliomyélite et l’épidémie d’Ébola qui a fait plus de 11.300 morts dans trois pays d’Afrique de l’Ouest (Liberia, Guinée, Sierra Leone) et en 2016 pour le virus Zika.

Guerre des vaccins

La décision de l’OMS a suscité de nombreuses réactions au sein de la communauté scientifique.

L’une des plus significatives vient de la Wellcome Foundation, une organisation caritative médicale basée au Royaume-Uni.

Par la voix de Josie Golding, sa chargée principale des épidémies, l’organisation a ainsi fait savoir qu’une intensification de la riposte, dirigée par la RDC et bénéficiant de tout l’appui de la communauté internationale, est essentielle pour mettre fin à l’épidémie.

« Cela doit inclure des efforts accrus en matière de diplomatie, de santé publique, de sécurité et de logistique, ainsi que la libération des ressources financières indispensables », a-t-elle ajouté.

Josie Golding a en outre évoqué un besoin pressant d’introduire en RDC « un deuxième vaccin, mis au point par l’entreprise pharmaceutique américaine Johnson and Johnson, afin de protéger les communautés situées en dehors de la zone touchée par la flambée et qui risquent d’être touchées. »

Les pays ne doivent pas attendre que le virus Ébola se propage au-delà des frontières ou apparaisse à leur porte avant d’agir, a-t-elle souligné.
Pour rappel, le gouvernement congolais a déjà essayé de mettre fin à la polémique, par la voix de son ministre de la Santé, Oly Ilunga Kalenga, qui, dans une circulaire consultée par SciDev.Net, s’est dit ouvert, sur le plan scientifique, à recevoir des propositions éventuelles des producteurs de vaccins expérimentaux qui souhaiteraient évaluer leurs vaccins en RDC.

Toutefois, a estimé Oly Ilunga Kalenga, « vu les risques de confusion, les problèmes de communication et l’amalgame entre le vaccin rVSV-ZEBOV-GP actuellement utilisé et les autres vaccins qui n’ont pas le même niveau d’évidence, l’utilisation de tout autre vaccin contre la maladie à virus Ébola est interdite dans les provinces du Nord Kivu et de l’Ituri. ».

Lors de la conférence de presse organisée hier à Genève par l’OMS, Michael Ryan, le directeur exécutif des programmes d’urgence sanitaire de l’organisation, a réitéré que l’accélération de la livraison des vaccins est une priorité pour l’OMS.

« Nous soutenons l’introduction d’un second vaccin, conformément aux recommandations du GCSE [Groupe consultatif stratégique d’experts – Strategic Advisory Group of Experts, SAGE], sous réserve des approbations appropriées au plan national », a-t-il par ailleurs déclaré.

Le GCSE avait notamment recommandé une extension du nombre de personnes éligibles pour l’inoculation du rVSV-ZEBOV-GP, développé par Merck & Co., Inc et l’introduction de nouveaux vaccins expérimentaux, notamment le MVA-BN, développé par la firme Johnson & Johnson et le candidat-vaccin chinois Ad5-EBOV, mis au point par le CanSino-Beijing Institute of Biotechnology, en Chine.

L’OMS précise que les discussions se poursuivent avec la partie congolaise, en vue de convenir des conditions et dates d’un futur déploiement.

Sur le terrain, le dernier bilan établi par le ministère congolais de la Santé, mercredi 17 juillet 2019, fait état de 1.698 morts.

Par Amzath Fassassi & Patrick Abéga

This article was originally published on SciDev.Net. Read the original article.

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