Le Mali et la RDC se préparent à jouer un grand rôle dans l’avenir du lithium

Louis-Nino Kansoun - AGENCE ECOFIN - 25 septembre 2020

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Selon une étude publiée en août dernier par l’agence chilienne Cochilco, la demande mondiale de lithium devrait sensiblement augmenter pour atteindre 2 millions de tonnes, d’ici 2030, grâce au secteur de l’automobile.
Selon une étude publiée en août dernier par l’agence chilienne Cochilco, la demande mondiale de lithium devrait sensiblement augmenter pour atteindre 2 millions de tonnes, d’ici 2030, grâce au secteur de l’automobile. - Agence Ecofin -

(Agence Ecofin) - Selon une étude publiée en août dernier par l’agence chilienne Cochilco, la demande mondiale de lithium devrait sensiblement augmenter pour atteindre 2 millions de tonnes, d’ici 2030, grâce au secteur de l’automobile. La hausse concomitante des prix de ce métal critique devrait profiter aux principaux producteurs que sont l’Australie, le Chili ou encore la Chine. Si la part de l’Afrique dans l’offre mondiale est pour le moment assez faible, la tendance pourrait s’inverser d’ici là, eu égard au regain d’intérêt des investisseurs pour les ressources sous-explorées et sous-exploitées du continent. L’Agence Ecofin vous propose un tour d’horizon des grands projets africains de lithium qui vont défrayer la chronique au cours de la décennie. 

De l’importance et de la rareté d’une matière première critique

Le développement croissant des nouvelles technologies s’est accompagné depuis quelques années d’un besoin impérieux de certaines matières premières. Il s’agit de minéraux comme le coltan, le cobalt, le platine. Ils sont devenus, aujourd’hui, aussi précieux que l’or, principalement à cause de leur rareté.

Faisant également partie de ce lot, le lithium est indispensable aux batteries lithium-ion utilisées dans les voitures électriques, mais entre aussi dans la fabrication d’une multitude de composants électriques. Il est inégalement réparti à la surface du globe, avec près de la moitié des réserves connues en Amérique latine.

Faisant également partie de ce lot, le lithium est indispensable aux batteries lithium-ion utilisées dans les voitures électriques, mais entre aussi dans la fabrication d’une multitude de composants électriques.

 

Du fait de sa rareté, il est classé parmi les métaux critiques et son marché est très sensible. Par exemple, une bulle spéculative avait fait grimper excessivement le prix de la tonne d’hydroxyde de lithium entre 2016 et 2018, qui avait alors atteint plus de 10 000 $ même si le prix a depuis baissé.

Le lithium est classé parmi les métaux critiques et son marché est très sensible.

 

Selon les données de l’United State Geological Survey (USGS) datant de janvier 2020, la Bolivie héberge 21 millions de tonnes de réserves contre respectivement 17 millions et 9 millions pour l’Argentine et le Chili. Ce dernier est d’ailleurs le deuxième producteur mondial derrière l’Australie (6,3 millions t de réserves), mais devant la Chine (4,5m t).

Les futurs grands producteurs de lithium d’Afrique

Les réserves africaines « connues », sachant que le continent est à ce jour à peine exploré,  sont concentrées dans quatre pays, à savoir : la RDC, le Mali, le Zimbabwe et la Namibie. Il faut remarquer que si le Ghana héberge plusieurs projets de lithium, il ne figure pas encore dans les données de l’USGS.

Mais par la diversité des projets, la qualité et l’importance des ressources, ce sont la RDC et le Mali qui viennent en tête des plus gros potentiels producteurs africains de lithium.

An niveau de l’exploitation minière de lithium, le continent est quasiment vierge. Le Zimbabwe fait toutefois l’exception avec la mine de Bikita. Mais par la diversité des projets, la qualité et l’importance des ressources, ce sont la RDC et le Mali qui viennent en tête des plus gros potentiels producteurs africains de lithium.

La RDC peut devenir le No1 d'Afrique

En RDC, pays beaucoup plus connu pour ses réserves de cobalt ou de cuivre, plusieurs projets de lithium mobilisent actuellement l’attention. Le plus important demeure néanmoins celui de Manono, qui couvre 188 km² de superficie dans le sud. Il s’agit d’une ancienne mine d’étain exploitée entre 1919 et 1990. Son propriétaire actuel, AVZ Minerals, a procédé à l’acquisition du projet en 2017, après avoir obtenu des licences d’exploration dans une zone contiguë à la mine (Manono Extension).

Manono, le plus grand gisement de lithium de roche dure au monde.

 

Elle a dû, au cours de travaux de reconnaissance et d’échantillonnage, se rendre compte du potentiel de l’actif considéré aujourd’hui comme le plus grand gisement de lithium de roche dure au monde.

Elle a dû, au cours de travaux de reconnaissance et d’échantillonnage, se rendre compte du potentiel de l’actif considéré aujourd’hui comme le plus grand gisement de lithium de roche dure au monde.

Pari gagné pour la compagnie, car les forages ont révélé un riche trésor, une réserve de minerai de 44,5 millions de tonnes dans la catégorie « prouvée » et 48,5 millions dans celle « probable ». Les travaux de développement sont déjà à un stade avancé et il ne reste à la société qu’à obtenir le financement nécessaire (545,5 millions $) à la construction de la mine. Selon une étude de faisabilité définitive publiée cette année, avec un tel investissement, la mine Manono peut livrer annuellement, et ceci pendant 20 ans, 700 000 tonnes de concentré de spodumène ainsi que 45 375 tonnes de sulfate de lithium primaire.

44,5 millions de tonnes dans la catégorie «prouvée» et 48,5 millions dans celle «probable»

La réussite d’AVZ Minerals dans cette zone a incité d’autres sociétés à s’engager dans l’exploration, avec l’espoir de découvrir un gisement aussi important que celui bientôt exploité par la société australienne. Citons à cet effet Hippo Resources qui détient une participation de 70% dans le projet Kitotolo et une autre de 51% dans Kanuka, en coentreprise avec Mining Mineral Resources.

Le Mali, déjà deux grands projets en cours

Aux côtés de la RDC, l’autre futur grand nom du secteur du lithium en Afrique est le Mali. En dehors des grands gisements d’or, le pays ouest-africain héberge des réserves de lithium pas encore suffisamment explorées et délimitées.

Bougouni, un site important pour les industries du futur.

Pourtant, deux grands projets animent l’actualité du secteur minier malien depuis plusieurs mois, en l’occurrence les projets Goulamina et Bougouni.

Pourtant, deux grands projets animent l’actualité du secteur minier malien depuis plusieurs mois, en l’occurrence les projets Goulamina et Bougouni.

Le premier est géré par Mali Lithium Limited (ex Birimian) et totalise 108,51 millions de tonnes de ressources à une teneur de 1,45% de Li2O, soit 1,57 million de tonnes d’oxyde de lithium. Il pourrait livrer annuellement, d’après une étude de préfaisabilité, 362 000 tonnes de concentré d’oxyde sur 16 ans.

Bougouni et Goulamina, deux grands projets maliens de lithium.

Quant au projet Bougouni, il est détenu par Kodal Minerals qui a déjà bouclé une étude de faisabilité et mobilise actuellement des partenaires pour les travaux de construction. Selon les prévisions actuelles, la mine pourrait produire 1,94 million de tonnes de concentré de lithium sur au moins 8,5 ans. L’investissement nécessaire a été évalué à 117 millions $, récupérables au bout de 1,7 an avec des revenus estimés à 1,4 milliard $.

Le Zimbabwe, une mine en activité et plusieurs projets en cours

Le Zimbabwe est le 5e producteur mondial de lithium et le seul pays africain à en produire. Selon le site Statista, le pays a atteint un record de 1600 tonnes de lithium l’année dernière, soit 400 tonnes de plus qu’en 2018. Si ce chiffre est relativement important, notons cependant qu’il est encore très loin des standards de l’Australie (plus de 40 000 t chaque année, depuis 2017), du Chili (18 000 tonnes en 2019), mais aussi de la Chine et de l’Argentine, qui ont produit respectivement 7600 et 6400 tonnes l’année dernière. Cette faiblesse se justifie par le nombre de mines, insuffisant par rapport aux ressources du pays.

En effet, selon Winston Chitando, le ministre en charge du secteur, le sous-sol zimbabwéen dispose d’assez de réserves pour satisfaire le cinquième de la demande mondiale en lithium. « Nous pensons avoir le potentiel pour satisfaire 20% de la demande mondiale lorsque toutes les ressources connues de lithium seront exploitées », a-t-il déclaré en 2018. Seulement, entre le dire et le faire, il y a un gouffre que le pays est encore très loin de pouvoir combler.

Pour le moment, une seule mine de lithium est en activité au Zimbabwe, en l’occurrence celle de Bikita, exploitée par la société éponyme Bikita Minerals. Elle héberge 10,8 millions de tonnes de ressources titrant 1,4% de lithium soit 150 000 tonnes environ.

Pour le moment, une seule mine de lithium est en activité au Zimbabwe, en l’occurrence celle de Bikita, exploitée par la société éponyme Bikita Minerals. Elle héberge 10,8 millions de tonnes de ressources titrant 1,4% de lithium soit 150 000 tonnes environ.

La demande mondiale en lithium devrait atteindre 2 millions de tonnes, d’ici 2030

Cependant, il y a de l’espoir, plusieurs projets étant en cours de développement dans le pays et devant accroître la production dans les prochaines années. A seulement 38 km de la capitale Harare, la compagnie australienne Prospect Resources travaille depuis plusieurs années sur le projet Arcadia. Ce dernier héberge la plus grande ressource de lithium déclarée, selon le code JORC, pour un projet africain. Concrètement, Arcadia dispose d’assez de ressources de lithium pour soutenir une exploitation sur plus de 15 ans, avec une capacité de traitement annuelle de 2,4 millions de tonnes. La qualité du futur produit n’est pas en reste puisqu’elle attire déjà des géants européens. Tout récemment, en août, le géant belge Sibelco a conclu un accord pour garantir une livraison annuelle de 100 000 tonnes sèches de pétalites « à faible teneur en fer » sur 7 ans.

L’autre grand projet, en cours de développement au Zimbabwe, est Zulu, contrôlé par Premier African Minerals. Les travaux entrepris sur environ 35% du terrain occupé par le projet ont permis de fournir en 2017 une première estimation de ressources conforme au code Samrec. Zulu abritait alors 20,1 millions de tonnes de ressources à une teneur de 1,06 Li2O. A ce projet, il faut ajouter d’autres gisements répartis sur le territoire zimbabwéen et qui n’ont pas encore fait l’objet d’attribution, comme le projet Mbeta, un temps propriété de Latitude Consolidated, avant que le permis ne soit retiré par l’Etat.

La part de l’Afrique dans l’offre mondiale va augmenter dans les prochaines années

L’Afrique est bien partie pour entrer dans la danse des grands producteurs de lithium. Les investisseurs étrangers l’ont bien compris, vu le regain d’attention pour le continent, ces dernières années. Une chose est certaine, au regard du statut critique du métal, une demande croissante, comme le prédit l’agence chilienne Cochilco, signifierait que toutes les sources d’offres seront importantes. Si, à court terme, les pays africains susmentionnés vont jouer un grand rôle sur le marché du lithium, d’autres nations du continent pourraient les rejoindre à moyen ou à long terme s’ils arrivent à attirer des investissements pour accélérer l’exploration. On retrouve dans cette catégorie, des pays comme la Namibie, le Ghana, la Côte d’Ivoire.

D’autres nations du continent pourraient les rejoindre à moyen ou à long terme s’ils arrivent à attirer des investissements pour accélérer l’exploration. On retrouve dans cette catégorie, des pays comme la Namibie, le Ghana, la Côte d’Ivoire.

Pour l’instant, la compagnie australienne IronRidge Resources est l’une des rares présentes sur le lithium au Ghana et en Côte d’Ivoire. Au Ghana, elle travaille sur les projets Cape Coast Lithium, Ewoyaa et Mankessim South. Si elle n’a pas encore annoncé de découverte majeure sur ces actifs, la société multiplie depuis deux ans les investissements pour des campagnes de forages. En Côte d’Ivoire, elle est active sur les gisements de pegmatite et de spodumène de lithium à Adzope.

Cet article est une publication originale de l'Agence Ecofin. Lire ici.


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