Dans le bassin du Congo, l’irrégularité des précipitations et des débits de l’eau menacent les moyens de subsistance des populations rurales

Julie Mollins - Forests News - 06 janvier 2021

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Ollivier Girard
Ollivier Girard - CIFOR - Ollivier Girard


D’après les scientifiques, au cours des 20 dernières années, les populations vivant dans les forêts du bassin du Congo ont remarqué d’importants changements dans leur environnement naturel. En effet, les habitants signalent que non seulement la région est devenue plus chaude, mais aussi la durée et l’intensité de la saison des pluies sont plus irrégulières.

La baisse des précipitations entraîne des conditions climatiques plus sèches, réduisant le débit de l’eau, créant ainsi une conjoncture difficile et imprévisible pour les communautés rurales dont les moyens de subsistance sont tributaires des forêts et des cours d’eau locaux.

Situé dans l’ouest de l’Afrique équatoriale et s’étendant sur six pays, le bassin du Congo abrite près de 100 millions de personnes. Le fleuve Congo et ses petits affluents d’eau douce traversant la région, constituent environ 30 % des ressources en eau douce du continent, assurant ainsi l’équilibre hydrique climatique à l’échelle locale et régionale.

Les scientifiques du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) estiment que jusqu’à 95 % de la pluviométrie provient du recyclage de l’humidité des forêts de la région.

L’écosystème tropical abondant procure une biodiversité unique, fournissant des habitats à des centaines de variétés de poissons, d’escargots, de grenouilles et d’autres espèces aquatiques, dont beaucoup font partie de l’alimentation locale. D’après les experts, en tant que vaste puits de carbone, le bassin contribue à contrebalancer le réchauffement et le changement climatique.

Pour en savoir davantage sur les conséquences de la modification hydrologique sur les moyens de subsistance dans la région, Denis Sonwa, scientifique au CIFOR basé au Cameroun, a mené des recherches au sein de trois zones du bassin, élaborant des profils basés sur des études de terrain, des données préexistantes, et des entretiens menés avec les populations locales.

Sonwa a souligné que l’idée fondatrice du projet était d’éclairer les politiques environnementales et économiques stratégiques. Il a auparavant étudié la variabilité hydro-climatologique et ses impacts sur l’économie et les moyens de subsistance des populations rurales en tant que responsable coordinateur du projet « Forêts du Bassin du Congo et Adaptation au Changement Climatique » (CoFCCA) du CIFOR, pour lequel un travail de terrain a été effectué entre les années 2000 et 2010.

« Les mesures d’adaptation et d’atténuation climatique ne peuvent être conçues ou mises en place sans une meilleure compréhension de la dynamique des changements des écosystèmes », a-t-il rappelé.

MISSION EXPLORATOIR

Entre 2008 et 2010, les scientifiques ont mené des recherches sur le terrain dans les bassins versants des rivières So’o au Cameroun et Mpoko en République centrafricaine (RCA), ainsi qu’auprès des populations de Masako dans les faubourgs de Kisangani en République démocratique du Congo (RDC).

« Nous avons effectué un examen plus approfondi des conséquences potentielles des perturbations du débit de l’eau sur les moyens de subsistance », a expliqué D. Sonwa, dont l’équipe composée de scientifiques de l’Université de Yaoundé (Cameroun), de l’Université de Bangui (RCA) et de l’Université de Kisangani (RDC), a mesuré les changements d’humidité.

L’équipe de scientifiques a compilé les données sur la base des tendances observées en matière de températures, de précipitations, de débit et de qualité de l’eau afin de déterminer les conséquences sur les moyens de subsistance et l’économie locale.

Il est clairement apparu que dans le bassin versant de la rivière Mpoko, le nombre de chenilles avait chuté de façon spectaculaire en 2009. De plus, les insectes, principale source de nourriture dans les villages locaux, sont apparus plus tôt que d’habitude cette année, et étaient non seulement plus petits mais avaient aussi une espérance de vie plus courte. Ainsi, les ménages vivant dans la savane boisée ont récolté en moyenne 20 kilogrammes de chenilles contre auparavant 145 kilogrammes, ce qui représente une perte de 86,2 %.

Les chercheurs ont appris que la disponibilité en champignons a également dégringolé dans la région pour cette même année. Ainsi, les ménages ont en moyenne récolté 10 kilogrammes de champignons contre auparavant 85 kilogrammes, ce qui représente une baisse de 88,2 %.

En outre, les pêcheurs se sont plaints d’une chute spectaculaire des réserves en poissons le long de la rivière Mpoko, petit affluent de la rivière Oubangui, elle-même affluent majeur du fleuve Congo.

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